Valérie Bizier
Membre professionnel individuel
Ma pratique s’ancre dans une réflexion sur la construction des identités, les mécanismes de normalisation sociale et les stratégies de survie développées en contexte régional. À travers la sculpture, l’installation et des dispositifs relationnels, je m’intéresse à la manière dont les corps se rendent visibles, se dissimulent ou se fragmentent face aux regards et aux attentes sociales, particulièrement hors des grands centres urbains. Vivre et créer à Terrebonne, en tant que personne queer immigrante originaire du Liban, influence profondément mon rapport au territoire, à la communauté et à la visibilité. La région devient un espace paradoxal : à la fois lieu d’enracinement, de proximité humaine et de solidarité possible, mais aussi territoire de surveillance diffuse, où la différence est rapidement remarquée, commentée ou assignée. Cette tension nourrit une pratique où le corps est à la fois sujet, matériau et surface de projection. Le recours à des matériaux usuels, papiers, palettes de bois, cravates, miroirs… est central dans mon travail. Ces objets, chargés de fonctions économiques, sociales ou symboliques, sont détournés afin de révéler les structures invisibles qu’ils véhiculent : circulation, conformité, respectabilité, hiérarchie. Le miroir, en particulier, agit comme un outil ambivalent : il offre une visibilité immédiate tout en instaurant une distance, permettant au sujet de se protéger, de se camoufler ou de se multiplier. Mes installations cherchent à créer des espaces de rencontre où le public est activement impliqué, invité à se reconnaître, à se questionner et à négocier sa propre position. Le regard devient un terrain de jeu et de friction, révélant les rapports de pouvoir, mais aussi les possibilités de soin, de solidarité et de réinvention collective. Mon travail s’inscrit ainsi dans une démarche critique et poétique qui interroge la manière dont les identités se construisent, se transmettent et persistent en région, malgré les contraintes, en affirmant la nécessité d’occuper l’espace, de raconter et de créer des formes de présence durables.
Lanaudière