Michel Thibaut
Membre professionnel·le
Au premier abord, on est frappé par l'aspect étrange et fantastique des figures peintes par Morbidique. Or, cela ne résume qu'une minime parcelle de son œuvre, car à la manière de la métaphore, il y a bien plus à comprendre. Un sens sous-jacent habite ses toiles. Réalité actuelle et vision de la société sont théâtralisées, mises en scène et dramatisées. Au centre de ses toiles, une figure fragile, vulnérable, animale revient inlassablement. L'environnement qui l'entoure est hostile, menaçant, inconfortable. Pourquoi? Comment? Tous et chacun peuvent y aller de leur hypothèse, mais en définitive la question reste sans réponse claire. Morbidique se fait un peu le peintre de la fatalité Quelle est l'impulsion qui pousse à décrypter, décoder, comprendre lorsque l'ambiance impose le silence et la contemplation? La porte de sortie se dessine dans le traitement de la matière. Il y a indéniablement dichotomie entre la souffrance des sujets et leur aspect léché. Le coup de pinceau esthétique, académique, voire photographique, rappelle que la peinture est une solution, un prélude à la réflexion. Tout se joue dans la nuance. Morbidique réussit à dresser des tableaux où se côtoient le beau et le laid, le bien et le mal. Les images jaillissent d'abord au fusain sur la toile blanche. Elles bougent, se transforment et font partie intégrante d'un processus d'exploration. Le croquis qui en résulte n'est réellement fixé que par l'acrylique. Le pinceau détaille et précise. Il apporte la touche finale. L'illustration est en quelque sorte une clé de compréhension pour aborder les toiles de Morbidique. Le médium qu'est la peinture apporte une profondeur, les toiles peintes de grand format également, mais en définitive tout se passe dans le chaos de la création. De série en série, Morbidique se réinvente à sa façon... toujours à marier esthétique et narration.
06. Montréal